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L’agriculture bretonne en 2025 : entre dynamisme et défis du renouvellement des générations

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Ecrit par Le Petit Breton

mai 18, 2026

La Bretagne, terre d’excellence agricole, reste un pilier de la production française. Pourtant, derrière les chiffres impressionnants se cachent des enjeux majeurs : vieillissement des agriculteurs, difficulté à transmettre les exploitations, et attractivité inégale selon les filières. En 2025, la Chambre d’Agriculture de Bretagne dresse un état des lieux contrasté : une région toujours dynamique, mais confrontée à des défis structurels. Entre 479 installations aidées, 1 941 porteurs de projet accompagnés, et 347 cédants en quête de repreneurs, l’équation du renouvellement des générations reste complexe. Comment l’agriculture bretonne s’adapte-t-elle ? Quels leviers actionne-t-elle pour assurer sa pérennité ?

À retenir

  • 1 installation pour 2 départs : Depuis 2018, le taux de remplacement des agriculteurs bretons ne couvre que la moitié des cessations d’activité.
  • 38 % des agriculteurs bretons ont plus de 55 ans (contre 29 % en 2014), et 54 % ont plus de 50 ans.
  • 479 installations aidées (DJA) en 2025, un retour à la moyenne historique après deux années en baisse (431 en 2024, 432 en 2023).
  • 82 % des installations sont des reprises d’exploitations existantes, contre 18 % de créations pures.
  • 28 % des installations sont portées par des femmes, avec des projets de plus en plus autonomes (39 % en individuel ou sociétés unipersonnelles).
  • 29 % des nouveaux installés développent des circuits courts, et 28 % optent pour l’agriculture biologique.
  • 96 % des installations aidées sont toujours actives après 5 ans, un taux de pérennité bien supérieur à la moyenne nationale (50 % tous secteurs confondus).
  • 64 % du territoire breton est consacré à l’agriculture, avec 69 420 actifs agricoles en 2021 et 3 040 postes à pourvoir en 2023.

Le renouvellement des générations : un équilibre fragile

Un vieillissement accéléré de la population agricole

La Bretagne n’échappe pas à la tendance nationale : les agriculteurs vieillissent. En 2024, 38 % des 31 629 agriculteurs bretons ont plus de 55 ans (contre 29 % en 2014), et 54 % dépassent les 50 ans. Cette pyramide des âges inversée pèse sur la transmission des exploitations. Depuis 2018, le taux de remplacement est de 1 installation pour 2 départs, un déséquilibre qui menace la pérennité de certaines filières, notamment l’élevage.

Pourquoi un tel décalage ?

  • Manque de repreneurs : Les jeunes générations se tournent moins vers l’agriculture, perçue comme un métier physique et peu rémunérateur.
  • Complexité des transmissions : Les exploitations familiales peinent à trouver des successeurs, et les projets hors cadre familial (HCF) restent minoritaires (49 % des installations en 2025).
  • Coût élevé de l’installation : Le montant moyen d’une installation individuelle atteint 338 000 €, et 670 000 € pour une installation sociétaire (soit 370 000 €/associé).
Lire l\'article  Finistère : des ateliers pédagogiques pour mieux comprendre les contrôles en exploitation agricole

Une dynamique d’installation stable, mais inégale selon les filières

Avec environ 1 000 installations par an (dont 740 par des moins de 40 ans), la Bretagne reste la 2ᵉ région française en nombre d’installations aidées (479 DJA en 2025). Pourtant, cette stabilité cache des disparités :

  • L’élevage (bovin lait, porcin) domine : 40 % des installations concernent la production laitière, mais ces filières souffrent d’un manque de candidats.
  • Les productions végétales (maraîchage, horticulture) attirent davantage : Elles représentent une part croissante des installations, notamment en circuits courts (29 % des projets) et en agriculture biologique (28 %).
  • Les petits secteurs (ovins, caprins, apiculture, etc.) progressent : 19 % des installations aidées (91 projets) concernent des filières niche, souvent porteuses de valeur ajoutée.

Tableau : Répartition des installations aidées par production (2025)

Répartition des installations aidées par production en Bretagne (2025)

ProductionPart des installationsTendance
Bovin lait40 %Stable
Porcin15 %Hausse
Maraîchage/Horticulture12 %Hausse
Bovin viande10 %Stable
Autres élevages (ovins, etc.)8 %Légère baisse
Cultures spécialisées7 %Hausse
Agriculture biologique28 %Stable

Source : Chambre d’Agriculture de Bretagne, MSA (2025)

Les leviers pour réussir l’installation et la transmission

Un accompagnement renforcé : le parcours 3P et la DJA

Pour sécuriser les projets, la Bretagne mise sur la professionnalisation :

  • Le Plan de Professionnalisation Personnalisé (3P) : Obligatoire pour accéder aux aides, il comprend :
    • Un rendez-vous projet et compétences avec un conseiller.
    • Un stage de 21 heures sur la gestion d’entreprise.
    • Des formations adaptées (comptabilité, étude de marché, etc.).
      En 2025, 1 045 porteurs de projet ont démarré un 3P, avec 952 plans agréés.
  • La Dotation Jeune Agriculteur (DJA) révisée :
    • Montant : jusqu’à 30 000 € (contre 22 000 € auparavant).
    • Conditions : diplôme de niveau IV (BTSA), viabilité du projet (1 à 3 SMIC), et engagement dans un collectif (formations, groupe de développement, CUMA).
    • Simplification : Dématérialisation des dossiers et suppression des avenants.

Résultat : 96 % des installations aidées sont toujours actives après 5 ans, contre 50 % pour les entreprises tous secteurs confondus.

Le Répertoire Départ Installation (RDI) : un outil clé pour la transmission

Avec 405 exploitations proposées et 347 candidats inscrits en 2025, le RDI est le premier site d’annonces agricoles en France (2,8 millions de consultations en 2025). Pourtant, un décalage persiste entre l’offre et la demande :

  • Localisation : Les porteurs de projet sont peu mobiles.
  • Taille des exploitations : La demande se porte sur des petites surfaces (maraîchage, élevages alternatifs), alors que l’offre concerne souvent des grandes exploitations laitières ou porcines.
  • Coût : Le prix de reprise est parfois un frein (ex. : 798 000 € en moyenne pour une exploitation laitière).
Lire l\'article  Prix agricoles pour mars 2026 : entre baisse des productions et flambée des coûts de production

Solutions proposées :

  • Stages de parrainage : 52 stages en 2025 pour permettre aux repreneurs de tester leur projet avant l’installation.
  • Portage foncier : Financé par la Région et les départements, il permet à la Safer d’acquérir temporairement des terres en attente de repreneur.
  • GFA (Groupements Foncier Agricole) : Outil pour faciliter la transmission du foncier familial.

Les profils des nouveaux installés : diversité et reconversion

Des parcours de plus en plus variés

En 2025, seulement 51 % des installés sont issus du milieu agricole (contre 60 % il y a 10 ans). Les autres viennent :

  • De la reconversion professionnelle (25 % des installations).
  • D’autres régions ou pays (1 % d’étrangers, principalement Néerlandais et Belges).

Tableau : Profil des nouveaux installés (2025)

Profil des nouveaux installés en Bretagne (2025)

CritèreValeur
Âge moyen30,2 ans
% de femmes28 %
% hors cadre familial49 %
% non issus du milieu agricole (NIMA)34 %
% en agriculture biologique28 %
% avec circuits courts29 %
SAU moyenne91 ha

Source : Chambre d’Agriculture de Bretagne (2025)

L’agriculture au féminin : une place qui se renforce

Avec 28 % des installations portées par des femmes, la Bretagne dépasse la moyenne nationale. Ces cheffes d’entreprise :

  • S’installent plus tard (33 ans en moyenne contre 29 ans pour les hommes).
  • Privilégient les projets autonomes (39 % en individuel ou sociétés unipersonnelles).
  • S’orientent vers des filières diversifiées (maraîchage, transformation, vente directe).
  • S’engagent davantage en bio (41 %) et en circuits courts (34 %).

Exemple : Stéphanie Dial, installée en GAEC avec son mari et sa belle-mère, a su trouver sa place comme cheffe d’entreprise grâce à une organisation rigoureuse et une formation adaptée.

L’agriculture biologique et les circuits courts : des leviers d’attractivité

  • 28 % des installations aidées sont en bio (136 projets en 2025), avec une SAU moyenne de 41 ha.
  • 29 % développent des circuits courts (137 projets), avec :
    • Un âge moyen de 34 ans.
    • 41 % de femmes.
    • 78 % en agriculture biologique.
    • Une SAU moyenne de 24 ha.

Pourquoi ce succès ?

  • Valeur ajoutée : Meilleure rémunération des produits.
  • Autonomie : Moins dépendants des cours des matières premières.
  • Sens : Répond à une demande croissante des consommateurs pour une alimentation locale et durable.

Les défis à relever pour l’avenir

1. Améliorer l’attractivité du métier d’agriculteur

  • Sensibiliser dès le collège : Le programme Génération AGRI propose aux collégiens de découvrir les 100 métiers de l’agriculture (élevage, maraîchage, machinisme, mais aussi marketing, environnement, etc.).
  • Valoriser les salaires : En 2023, 3 040 postes étaient à pourvoir en Bretagne. Pourtant, les revenus restent souvent inférieurs à ceux d’autres secteurs.
  • Lutter contre les idées reçues : L’agriculture n’est plus seulement un métier physique. Gestion, stratégie, innovation sont désormais au cœur des compétences requises.
Lire l\'article  L’agriculture bretonne en 2026 : un modèle en mutation face aux défis de demain

2. Faciliter la transmission des exploitations

  • Anticiper les départs : 38 % des agriculteurs ont plus de 55 ans. Il est urgent d’accompagner les cédants dans la préparation de leur transmission (formations, diagnostics, mise en relation avec des repreneurs).
  • Adapter les outils de transmission :
    • Réduire les coûts de reprise (via des aides régionales, des prêts d’honneur, etc.).
    • Développer le portage foncier pour éviter le démantèlement des exploitations.
    • Encourager les installations sociétaires (GAEC, CUMA) pour mutualiser les coûts.
  • Sécuriser les projets : 96 % des installations aidées réussissent, contre seulement 50 % pour les non aidées. L’accompagnement (3P, DJA, RDI) est donc un gage de pérennité.

3. Accélérer la transition agroécologique

  • Intégrer les enjeux climatiques : Depuis 2025, les bénéficiaires de la DJA doivent s’engager à réaliser un plan d’adaptation climatique dans les 4 ans.
  • Développer l’agroécologie : 10 % des installations en bovin lait sont en bio, mais il reste à généraliser les pratiques durables (réduction des intrants, biodiversité, etc.).
  • Soutenir les filières vertes : Maraîchage, apiculture, plantes aromatiques… Ces secteurs attirent des jeunes porteurs de projet, mais nécessitent un accompagnement renforcé (étude de marché, accès au foncier).

Conclusion : la Bretagne, laboratoire de l’agriculture de demain ?

Avec 479 installations aidées, 96 % de taux de réussite à 5 ans, et une dynamique forte en bio et circuits courts, la Bretagne prouve que l’agriculture reste un secteur d’avenir. Pourtant, les défis sont immenses :

  • Renouveler les générations face au vieillissement des agriculteurs.
  • Transmettre les exploitations dans un contexte de décalage entre l’offre et la demande.
  • Attirer de nouveaux profils (femmes, reconvertis, étrangers) et diversifier les modèles économiques.

Les solutions existent :
Un accompagnement renforcé (3P, DJA, RDI).
Des aides financières adaptées (prêts d’honneur, portage foncier).
Une meilleure valorisation des métiers agricoles (Génération AGRI, formations).
L’innovation et la transition agroécologique comme leviers d’attractivité.

La Bretagne a les atouts pour relever ces défis : une terre agricole par excellence, des acteurs engagés (Chambre d’Agriculture, Région, Safer, etc.), et une volonté collective de faire de l’agriculture un métier d’avenir. À condition de continuer à innover, à accompagner, et à mettre l’humain au cœur des projets.


Sources

  • Chambre d’Agriculture de Bretagne – Les chiffres-clés 2025 : Création, Reprise, Transmission en agriculture (mars 2026).
  • MSA Bretagne – Données démographiques et économiques (2024).
  • Observatoire FRAB – Dynamique de l’agriculture biologique en Bretagne.
  • Région Bretagne – Dispositifs d’aide à l’installation (DJA, Agri Install, Agri Transmission).
  • Safer Bretagne – Outils de transmission et portage foncier.
  • Site repertoireinstallation.com – Chiffres 2025.
  • Site bretagne.bzh – Aides régionales à l’agriculture.
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