Le 15 avril 2026, à l’Assemblée nationale, la Bretagne a été mise à l’honneur : le programme Relocalisons.bzh a reçu la Victoire de l’Innovation lors des Victoires des Acteurs publics. Porté par Loïc Hénaff, conseiller régional délégué aux relocalisations, ce dispositif ambitionne de transformer en profondeur l’économie bretonne, en misant sur un levier souvent sous-estimé : les achats des entreprises. L’enjeu ? Gagner en souveraineté, préserver l’emploi local et réduire l’empreinte carbone, tout en répondant aux défis géopolitiques et logistiques du XXIe siècle.
À retenir
- 130 000 emplois et 5,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires pourraient être relocalisés en Bretagne d’ici 2030.
- 13 000 entreprises sensibilisées et 3 200 accompagnées dans des sessions de sourcing local.
- 3 volets : sensibilisation des dirigeants, création de relations acheteurs/fournisseurs, relocalisation effective des activités.
- Outils clés : Indice Breton de l’Achat Local (IBAL), calcul du coût total de détention (TCO), charte « Je (re)localise mes achats en Bretagne ».
- Secteurs prioritaires : agroalimentaire, emballages, plasturgie, mécanique, levage, technologies de l’information, déchets non dangereux.
Un programme né d’un constat : la Bretagne peut mieux faire
En 2021, une étude menée par Produit en Bretagne, le MEDEF, le Crédit Mutuel Arkea et la Région a révélé un potentiel insoupçonné : 130 000 emplois et 5,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires pourraient être relocalisés en Bretagne d’ici 2030, avec à la clé une réduction de 3,9 millions de tonnes de CO₂. Face aux crises sanitaires et géopolitiques qui ont fragilisé les chaînes d’approvisionnement mondiales, la Région a décidé d’agir. Piloté par Loïc Hénaff, également président de Bretagne Next, le programme Relocalisons.bzh a été lancé en 2022 pour fédérer un large écosystème : MEDEF, UIMM, ABEA, Produit en Bretagne, CCI, FFB, Banque des Territoires, ADEME, CRESS, Conseil National des Achats, etc.
« Relocaliser les achats, ce n’est pas faire marche arrière. C’est faire preuve de discernement, de responsabilité et de cohérence dans un monde contraint, où souveraineté économique, transition écologique et justice sociale ne peuvent plus être pensées séparément. »
Loïc Hénaff, Conseiller régional délégué aux relocalisations d’activités, au fret et à la logistique.
Trois volets pour une économie plus résiliente
1. Sensibiliser les dirigeants
Le programme mise sur la pédagogie : ateliers, formations, outils en ligne. L’objectif ? Faire prendre conscience aux dirigeants que l’achat local n’est pas seulement un acte militant, mais une stratégie gagnante : sécurité d’approvisionnement, réduction des coûts cachés (logistique, risques géopolitiques), et valorisation de l’image RSE.
2. Créer de nouvelles relations acheteurs/fournisseurs
Relocalisons.bzh organise des sessions de sourcing et de mise en relation entre entreprises bretonnes. Résultat : 3 200 entreprises ont déjà participé à ces rencontres, permettant de recréer des filières locales et de réduire la dépendance aux importations.
3. (Re)localiser les activités
Grâce à des outils comme l’Indice Breton de l’Achat Local (IBAL) ou le calcul du coût total de détention (TCO), les entreprises peuvent mesurer l’impact de leurs achats et identifier les leviers de relocalisation. Depuis janvier 2026, ces outils sont intégrés aux dispositifs d’aide de la Région, comme BreizhFab ou le Pass compétitivité IAA.
Des entreprises bretonnes en première ligne
Marinelec Technologies : l’électronique maritime made in Bretagne
Basée à Quimper, cette PME a doublé sa part d’achats locaux en cinq ans, passant de 50 % à 80 %. Face à des délais d’approvisionnement pouvant atteindre un an pendant la crise sanitaire, Marinelec a choisi de privilégier les cartes électroniques produites en Bretagne et les composants européens. Résultat : une réduction des risques et une meilleure réactivité, malgré un surcoût de 10 à 20 % accepté par les clients.
Sodimac : l’autonomie par la proximité
Spécialisée dans les machines agricoles, cette entreprise des Côtes-d’Armor a internalisé des activités clés (découpe laser) et privilégie les fournisseurs à moins de 200 km. Bilan : une empreinte carbone réduite, des coûts maîtrisés et une sécurité d’approvisionnement renforcée.
Sigmaphi : l’industrie de pointe ancrée localement
Leader mondial des électro-aimants pour accélérateurs de particules, Sigmaphi réalise 46 % de ses achats (7,8 M€) dans un rayon de 200 km. L’entreprise a même accompagné ses fournisseurs pour monter en compétence, relocalisant des approvisionnements stratégiques comme l’acier.
Zeiss Vision Care : l’optique responsable
À Fougères, ce géant de l’optique a adopté le coût total de détention (TCO) pour évaluer ses achats. Résultat : 80 % des achats externes sont réalisés en France, avec une préférence marquée pour le Grand Ouest, pour des raisons de fiabilité et de traçabilité.
Un modèle reproductible et inspirant
Relocalisons.bzh ne se contente pas d’accompagner les entreprises : il montre que la relocalisation est un levier de performance, et pas seulement un idéal. En s’appuyant sur des outils concrets (IBAL, TCO, charte) et en fédérant un large réseau d’acteurs, la Bretagne prouve qu’il est possible de concilier souveraineté économique, transition écologique et justice sociale.
« La souveraineté, ce n’est pas un mot. C’est une pratique, au quotidien. Et c’est ensemble qu’on la construit. »
Loïc Hénaff
Pour aller plus loin
- Site officiel Relocalisons.bzh
- Livre blanc du programme
- Interview de Loïc Hénaff sur Acteurs Publics